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Chaque trimestre, votre appel de charges tombe. Son montant n'a rien de mystérieux : c'est, presque toujours, le quart du budget prévisionnel voté en assemblée générale. Autrement dit, quand les charges augmentent, la vraie décision a été prise des mois plus tôt, au moment du vote du budget, souvent en dix minutes et sans débat.
Contester sa régularisation annuelle, c'est agir après coup ; challenger le budget prévisionnel, c'est agir à la source, là où vos charges de copropriété se décident réellement. Voici comment ce budget se construit, ce qu'il contient, et surtout les bonnes questions à poser avant de lever la main.
Ce que le budget prévisionnel couvre (et ce qu'il ne couvre pas)
L'article 14-1 de la loi du 10 juillet 1965 impose au syndicat de voter chaque année un budget prévisionnel pour faire face aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d'administration : contrats d'entretien, assurance, énergie des parties communes, salaire du personnel, honoraires du syndic, petites réparations.
En sont exclus les travaux votés hors budget (article 14-2) : ravalement, réfection de toiture, remplacement de la chaudière... Ils font l'objet d'appels de fonds spécifiques, votés opération par opération. Ne confondez pas non plus le budget avec le fonds de travaux obligatoire, alimenté par une cotisation annuelle. Sans plan pluriannuel de travaux (PPT) adopté, cette cotisation ne peut être inférieure à 5 % du budget prévisionnel. Lorsqu'un PPT a été adopté, elle ne peut être inférieure ni à 5 % du budget prévisionnel ni à 2,5 % du montant des travaux prévus dans le plan adopté. Ces sommes sont distinctes du budget prévisionnel et restent acquises au syndicat.
Comment il se construit, concrètement
C'est le syndic qui prépare le budget, mais pas seul : le contrat type issu de la loi ALUR range l'élaboration du budget en concertation avec le conseil syndical dans les prestations du forfait de base. En pratique, le syndic part des dépenses réelles de l'exercice précédent, applique les revalorisations contractuelles connues (contrats indexés, assurance, énergie) et ajuste poste par poste.
Le calendrier est encadré : l'assemblée appelée à voter le budget doit se réunir dans les six mois suivant le dernier jour de l'exercice comptable précédent. Une fois le budget voté, les provisions trimestrielles sont exigibles le premier jour de chaque trimestre, chacune égale au quart du budget (sauf modalités différentes votées par l'assemblée).
Retenez la conséquence pratique : un budget voté 10 % trop haut, c'est 10 % de trésorerie prélevée en trop toute l'année sur chaque copropriétaire. Certes, l'excédent revient au moment de la régularisation, après approbation des comptes ; mais entre-temps, c'est votre argent qui dort sur le compte du syndicat, et une régularisation créditrice tardive ou opaque est l'une des réclamations les plus fréquentes des copropriétaires (voir notre article sur le remboursement du trop-perçu de charges).
💡 Bon à savoir
Si le budget prévisionnel n'est pas voté dans les délais, la copropriété doit néanmoins continuer à financer ses dépenses courantes. Une disposition spécifique de l'article 43 du décret du 17 mars 1967 permet, lorsque le budget ne peut être voté qu'au cours de l'exercice concerné, au syndic préalablement autorisé par l'assemblée générale d'appeler successivement deux provisions trimestrielles calculées sur la base du budget précédent. Cette mesure est encadrée : il ne faut pas en déduire que le syndic peut reconduire automatiquement et indéfiniment les appels de fonds sans nouveau budget.
La structure type d'un budget de copropriété
Selon les données SyndiCompare, le budget médian s'établit autour de 5 500 € par an, toutes tailles de copropriétés confondues (45 % des copropriétés françaises comptent de 2 à 15 lots). Les grands postes se retrouvent partout, dans des proportions qui dépendent des équipements :
| Poste | Contenu | Levier d'action |
|---|---|---|
| Honoraires du syndic | Forfait de gestion courante | Mise en concurrence du contrat (médiane constatée : 200 € par lot et par an) |
| Assurance de l'immeuble | Multirisque, responsabilité civile | Remise en concurrence régulière, ajustement des garanties |
| Énergie et eau | Chauffage collectif, électricité des communs, eau | Renégociation des contrats de fourniture, rénovation énergétique |
| Contrats d'entretien | Ascenseur, chaufferie, espaces verts, nettoyage, VMC | Devis concurrents à l'échéance de chaque contrat |
| Personnel | Gardien, employé d'immeuble | Réorganisation du poste (décision lourde, voir ci-dessous) |
| Entretien courant et divers | Petites réparations, frais bancaires, télécommunications | Contrôle des factures par le conseil syndical |
Deux de ces postes méritent un article à eux seuls : le coût réel d'un gardien d'immeuble, souvent le premier poste des copropriétés qui en emploient un, et les honoraires du syndic, dont l'écart entre copropriétés comparables dépasse 40 % selon les données SyndiCompare (167 € par lot au premier quartile, 240 € au troisième).
Challenger le budget : la méthode poste à poste
Le conseil syndical, ou tout copropriétaire curieux, peut faire un travail redoutablement efficace avec trois documents : le budget proposé, les comptes de l'exercice clos, et le budget de l'an dernier.
- Comparez chaque poste au réalisé N-1 : un poste budgété 20 % au-dessus de la dépense réelle de l'an passé doit être justifié (hausse contractuelle ? sinistre attendu ?), sinon c'est du matelas qui gonfle vos provisions ;
- Repérez les postes qui dérivent sur trois ans : un contrat de nettoyage qui augmente chaque année sans remise en concurrence est le suspect n° 1 ;
- Exigez les pièces : pour préparer le vote du budget, examinez le projet de budget et le comparatif avec le dernier budget voté, qui doivent être joints à la convocation. Pour contrôler les dépenses de l'exercice clos, les pièces justificatives des charges sont tenues à la disposition des copropriétaires dans les conditions prévues par l'article 18-1 de la loi de 1965, entre la convocation de l'assemblée appelée à statuer sur les comptes et sa tenue.
- Vérifiez la ligne « honoraires syndic » : elle doit correspondre au contrat voté, ni plus, ni moins ; en cas d'écart, lisez notre article sur l'augmentation des honoraires sans vote ;
- Demandez la mise en concurrence des gros contrats : l'assemblée fixe un seuil de montant au-delà duquel elle est obligatoire (article 21 de la loi de 1965), et le conseil syndical est le mieux placé pour la piloter.
Les questions à poser en assemblée générale
Le budget prévisionnel se vote à la majorité de l'article 24, c'est-à-dire à la majorité des voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance. Les abstentions ne sont pas prises en compte dans le calcul de cette majorité. Avant de voter, cinq questions suffisent à faire la différence :
- Quels postes augmentent de plus de 5 % par rapport au réalisé, et pourquoi ?
- Quels contrats arrivent à échéance cette année, et lesquels seront remis en concurrence ?
- Le poste énergie reflète-t-il les prix actuels ou reconduit-il une année exceptionnelle ? Notre analyse de la hausse des charges donne les ordres de grandeur du marché ;
- Y a-t-il des provisions « de confort » sans justification écrite ?
- Le montant des impayés est-il en hausse, et quelles actions de recouvrement sont engagées ?
Un syndic sérieux répond à ces questions sans se braquer. Un syndic qui les esquive vous dit quelque chose sur sa gestion : c'est souvent le premier signal qui conduit à mettre son syndic en concurrence.
L'essentiel à retenir
Le budget prévisionnel est voté chaque année à la majorité de l'article 24, préparé par le syndic en concertation avec le conseil syndical, et détermine directement vos provisions trimestrielles (un quart du budget chacune). Le challenger, c'est comparer chaque poste au réalisé de l'an passé, exiger les justificatifs et remettre les contrats en concurrence à échéance, à commencer par le contrat de syndic lui-même, dont les écarts de prix sont les plus faciles à corriger : consultez les tarifs de syndic constatés près de chez vous pour situer le vôtre avant la prochaine assemblée.
Vos questions sur le sujet
À quelle majorité le budget prévisionnel est-il voté ?
À la majorité simple de l'article 24 : la majorité des voix des copropriétaires présents, représentés ou votant par correspondance. Les abstentions ne comptent pas, ce qui rend le vote accessible même dans les copropriétés peu mobilisées.
Peut-on payer ses provisions mensuellement plutôt que par trimestre ?
Oui, si l'assemblée générale le décide : la loi fixe par défaut des provisions trimestrielles égales au quart du budget, mais l'assemblée peut voter des modalités différentes, la mensualisation étant la plus courante.
Un copropriétaire peut-il consulter les factures de la copropriété ?
Oui. Entre la convocation et la tenue de l'assemblée appelée à approuver les comptes, tout copropriétaire peut consulter les pièces justificatives des charges (article 18-1 de la loi de 1965), au lieu et selon les modalités précisées dans la convocation.
Puis-je refuser de payer des provisions que je juge excessives ?
Non : le budget voté s'impose à tous, même à ceux qui ont voté contre. Le bon levier est en amont (questions et vote en AG) ou en aval (contestation de la décision dans les deux mois pour les opposants et défaillants), jamais l'arrêt du paiement.