Acheter & vendre en copropriété

Acheter dans une copropriété en procédure : bénin ou rédhibitoire ?

« Procédures en cours » dans l'état daté ou les PV d'AG : faut-il fuir ? Tout dépend de la procédure. Le recouvrement d'impayés est plutôt bon signe, le contentieux constructeur se négocie expertise en main, le mandataire ad hoc et l'administrateur provisoire sont les vrais signaux rouges. Grille de lecture complète.

Prince Foutika Par Prince Foutika
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7 min de lecture
Sommaire
  1. Où trouver la liste des procédures avant d'acheter
  2. La hiérarchie : du banal au rédhibitoire
  3. Négocier quand la procédure est sérieuse
  4. L'essentiel à retenir

La mention tient parfois en quelques lignes dans l'état daté ou dans les procès-verbaux d'assemblée générale : « procédures en cours ». Pour un acheteur, elle a l'effet d'un signal d'alarme, et les vendeurs le savent, ils la minimisent donc par un « simple dossier d'impayés ». La vérité est entre les deux : certaines procédures sont le signe d'une copropriété bien gérée, d'autres doivent vous faire négocier fermement, quelques-unes doivent vous faire renoncer. Voici comment les hiérarchiser avant de signer.

Où trouver la liste des procédures avant d'acheter

Trois sources se recoupent, il faut les consulter :

  • Les procès-verbaux des trois dernières assemblées générales, remis à l'acquéreur au plus tard à la signature de la promesse conformément à l'article L.721-2 du code de la construction et de l'habitation : permettent notamment de repérer les contentieux évoqués, ainsi que les décisions d'engager ou de poursuivre une action en justice. Toute action en justice au nom du syndicat suppose une autorisation votée en AG, sous réserve des exceptions prévues par l'article 55 du décret du 17 mars 1967, ce qui peut laisser une trace dans les résolutions ;
  • L'état daté, qui mentionne, dans son annexe, l'objet et l'état des procédures en cours dans lesquelles le syndicat est partie (voir ce que contient l'état daté) ;
  • Les questions directes au vendeur, au syndic et au conseil syndical : nature exacte de chaque procédure, montants en jeu, provisions déjà appelées, avocat mandaté, stade de la procédure.

La hiérarchie : du banal au rédhibitoire

Vert : le recouvrement d'impayés contre des copropriétaires

C'est la procédure la plus fréquente, et paradoxalement plutôt bon signe : un syndicat qui assigne ses débiteurs est un syndicat qui défend sa trésorerie. L'acquéreur n'est pas personnellement tenu des dettes antérieures du vendeur envers le syndicat du seul fait de l'achat ; les sommes restant dues par le vendeur peuvent notamment être récupérées sur le prix de vente dans le cadre de l'opposition prévue par l'article 20. (voir charges impayées de l'ancien propriétaire). Le point à vérifier n'est pas la présence de ces procédures mais leur volume : un ou deux dossiers dans un immeuble de quarante lots, c'est la vie ordinaire ; un taux d'impayés qui approche les seuils légaux de la copropriété en difficulté, c'est un autre sujet, traité dans notre guide Acheter dans une copropriété en difficulté.

Orange : les litiges avec des prestataires ou entre le syndicat et un copropriétaire

Contentieux avec une entreprise de travaux mal exécutés, litige avec l'ancien syndic qui ne restitue pas les archives, action d'un copropriétaire contre une décision d'AG : ces procédures sont courantes et rarement dangereuses en elles-mêmes. Deux vérifications s'imposent : le coût (honoraires d'avocat déjà engagés ou restant à prévoir, éventuelle condamnation du syndicat aux dépens et conséquences financières de la procédure pour la copropriété) et le climat qu'elles révèlent : une copropriété où trois copropriétaires attaquent chaque AG est une copropriété où il ne fait pas bon vivre, ce que les PV successifs montrent très bien.

Orange vif : le contentieux constructeur et les désordres de l'immeuble

Dans un immeuble récent, une procédure contre le promoteur ou les constructeurs (désordres de façade, infiltrations, malfaçons des parties communes) mérite une étude approfondi. Elle peut tourner à votre avantage : si la responsabilité des constructeurs et les garanties d'assurance sont effectivement mobilisées, tout ou partie du coût des réparations peut être pris en charge par les assureurs concernés, selon les garanties et les décisions obtenues. Mais ces procédures durent des années, les expertises judiciaires gèlent souvent les travaux dans l'intervalle, et l'issue n'est jamais garantie. Exigez le rapport d'expertise s'il existe, le montant des demandes, et demandez-vous si vous pouvez vivre avec les désordres pendant encore trois à cinq ans.

Rouge : les procédures qui visent le syndicat lui-même et les mesures judiciaires

Changement complet de registre lorsque la copropriété n'est plus demanderesse mais défenderesse ou soumise à une mesure judiciaire : condamnations à payer que le syndicat ne peut honorer, créanciers qui poursuivent le syndicat, et surtout désignation d'un mandataire ad hoc ou d'un administrateur provisoire (articles 29-1 A et 29-1 de la loi du 10 juillet 1965). Ces mesures signalent une situation suffisamment grave pour justifier une intervention judiciaire, notamment lorsque l'équilibre financier est gravement compromis ou qu'il ne peut plus veuillez à la conservation de l'immeuble ; l'administrateur provisoire peut alors recevoir tout ou partie des pouvoirs de l'assemblée générale et du conseil syndical. Sauf stratégie d'achat très décoté et parfaitement documentée, passez votre chemin, ou lisez d'abord notre analyse de la gestion des copropriétés en difficulté financière.

Procédure mentionnée Ce qu'elle signifie Conduite à tenir
Recouvrement d'impayés contre des copropriétaires Gestion normale, syndic qui fait son travail Achat possible ; vérifier le montant et l'évolution globale des impayés
Litige prestataire, contestation d'AG isolée Vie courante du syndicat Acheter ; chiffrer le risque financier et jauger le climat
Contentieux constructeur, désordres structurels Immeuble à problèmes, issue longue et incertaine Expertise et montants en main, négocier le prix et les délais
Procédures contre le syndicat, mandataire ad hoc, administrateur provisoire Copropriété en difficulté avérée Situation potentiellement grave ; mandataire ad hoc ou administrateur provisoire = signal de difficulté important

Négocier quand la procédure est sérieuse

Une procédure significative se traduit en clauses et en euros, pas en promesses orales. Commencez par obtenir du syndic, via le vendeur, un point écrit sur chaque dossier : montant des demandes, honoraires d'avocat déjà engagés (à vérifier dans les documents comptables disponibles et, si nécessaire, auprès du syndic), existence d'une assurance protection juridique du syndicat, et calendrier prévisible. Ce document, souvent obtenu en quelques jours, vaut mieux que toutes les estimations de l'agent immobilier. Trois leviers ensuite :

  • La décote : chiffrez le scénario negatif (quote-part des travaux non couverts, condamnation possible du syndicat) et répercutez-le sur le prix ;
  • La clause au compromis : prise en charge par le vendeur des appels de fonds liés à la procédure, voire séquestre d'une partie du prix chez le notaire jusqu'à l'issue ; rappelez-vous toutefois que ces conventions ne lient que vendeur et acquéreur, jamais le syndicat, qui appellera les fonds auprès du copropriétaire reconnu au moment de l'exigibilité, comme pour les travaux votés avant la vente ;
  • Le calendrier : reporter la signature après une AG décisive ou la lecture d'un rapport d'expertise peut tout changer ; un mois de patience vaut parfois des dizaines de milliers d'euros de certitude.

⚠️ Procédure cachée : vous avez des recours

Si l'existence d'une procédure importante vous a été dissimulée, vous n'êtes pas démuni. Lorsque les documents et informations exigibles au titre des 1° et 2° du II de l'article L.721-2 n'ont pas été remis au plus tard à la signature de la promesse, le délai de rétractation ne court qu'à compter du lendemain de leur communication à l'acquéreur. (notre article sur la rétractation en cas de documents manquants détaille ce levier). Après la vente, la dissimulation volontaire d'une information déterminante peut fonder une action pour réticence dolosive contre le vendeur, avec dommages et intérêts voire annulation. Conservez tous les documents remis et leurs dates de remise.

L'essentiel à retenir

« Procédures en cours » n'est ni un feu vert ni un motif de fuite automatique : le recouvrement d'impayés est banal et plutôt sain, le litige de prestataire se chiffre, le contentieux constructeur se négocie expertise en main, et les mesures judiciaires (mandataire ad hoc, administrateur provisoire) sont le vrai signal de renoncement. Croisez PV d'AG, état daté et questions directes avant de signer, et vérifiez au passage la liste complète des documents à contrôler avant d'acheter. Le syndic en place est votre meilleur indice de sérieux dans la durée : situez-le en consultant le classement des syndics et comparez ce que facturent ses concurrents sur le secteur.

Vos questions sur le sujet

Le vendeur est-il obligé de me signaler les procédures en cours ?

Oui, l'information circule par les documents annexés au compromis et par l'état daté, et le vendeur doit répondre loyalement aux questions posées. Une dissimulation volontaire d'une procédure déterminante peut fonder une action en réticence dolosive après la vente, avec dommages et intérêts voire annulation.

Une procédure gagnée peut-elle rapporter de l'argent à la copropriété ?

Oui : condamnation du défendeur, dommages et intérêts, remboursement d'une partie des frais. Dans un contentieux constructeur victorieux, les réparations sont financées par les assureurs au lieu d'appels de fonds. C'est pourquoi une procédure offensive bien engagée peut être un argument d'achat, pas un repoussoir.

Qui paie l'avocat du syndicat pendant la procédure ?

Tous les copropriétaires, à hauteur de leurs tantièmes, via le budget ou des appels dédiés. En achetant, vous reprenez cette charge pour l'avenir. Les honoraires déjà engagés figurent dans les annexes comptables jointes aux convocations d'AG : consultez-les pour chiffrer le coût annuel réel du contentieux.

Comment savoir si un administrateur provisoire est en place ?

La mesure apparaît dans la fiche synthétique et les données d'immatriculation au registre national, dans les PV d'AG et dans l'état daté. Les convocations et courriers émanent alors de l'administrateur et non du syndic : un simple coup d'œil à l'en-tête des derniers documents de la copropriété suffit souvent.

Prince Foutika
Prince Foutika
Expert copropriété

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