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Un vieux buffet sur le palier, des cartons entassés dans le local poubelles, un matelas qui attend « provisoirement » dans le couloir de la cave depuis deux ans : l'encombrement des parties communes est l'un des litiges les plus banals de la copropriété, et l'un des moins bien traités. En pratique, ces situations peuvent pourtant s'installer dans la durée lorsque les signalements ne sont pas suivis d'effet.
C'est pourtant tout sauf un détail : lorsqu'il contrevient au règlement de copropriété ou aux règles applicables en matière de sécurité, un encombrement des parties communes peut justifier une intervention du syndic pour faire cesser la situation. Voici comment obtenir le débarras dans les règles, et à qui imputer la facture.
Pourquoi vous êtes en droit d'exiger le débarras
Trois fondements peuvent être invoqués. D'abord le règlement de copropriété, qui détermine les conditions de jouissance des parties communes et peut encadrer ou interdire le dépôt d'objets dans les circulations, halls, caves communes ou locaux techniques. Ensuite l'article 9 de la loi du 10 juillet 1965 : chaque copropriétaire use et jouit librement des parties communes sous réserve de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l'immeuble. Enfin, selon les caractéristiques de l'immeuble et de l'encombrement, les règles de sécurité applicables peuvent imposer de maintenir certains dégagements libres afin de permettre l'évacuation et l'intervention des secours.
Ce dernier point peut être particulièrement important en cas de sinistre : selon l'origine du dommage, les circonstances et les éventuels manquements constatés, la responsabilité du syndicat des copropriétaires peut être recherchée. Les conditions de garantie de l'assurance doivent également être appréciées au regard du contrat et des circonstances du sinistre.
Première étape : le signalement écrit au syndic
L'article 18 de la loi de 1965 charge notamment le syndic d'assurer l'exécution des dispositions du règlement de copropriété et d'administrer l'immeuble, notamment d'en assurer la conservation, la garde et l'entretien. Adressez-lui un signalement écrit, idéalement en recommandé, avec photos datées, localisation précise des objets et rappel de la clause du règlement violée. Si l'auteur du dépôt est connu, demandez expressément au syndic de le mettre en demeure de débarrasser.
Mise en demeure du copropriétaire, puis enlèvement
Lorsque l'auteur du dépôt est identifié, le syndic peut lui adresser une mise en demeure de retirer les objets dans un délai adapté à la situation, notamment à l'urgence et aux risques éventuels. Sans effet, deux voies s'ouvrent :
- les objets sont anonymes ou manifestement abandonnés : le syndic doit d'abord vérifier la situation et les conditions permettant leur enlèvement ; en cas de doute sur leur propriétaire ou sur le caractère réellement abandonné des biens, il ne doit pas les faire détruire arbitrairement ;
- le propriétaire des objets est identifié et refuse : le syndicat peut engager les démarches nécessaires pour faire cesser l'occupation irrégulière des parties communes et, si une action en justice est nécessaire, celle-ci doit être engagée dans les conditions prévues par l'article 55 de la loi de 1965 ; le juge peut notamment ordonner l'enlèvement des objets, éventuellement sous astreinte.
⚠️ Attention
Ne jetez jamais vous-même les affaires d'un voisin, même après des mois d'inaction : vous vous exposeriez à devoir l'indemniser pour la destruction de ses biens.L'enlèvement de biens personnels doit respecter les procédures applicables et, lorsque le propriétaire est identifié et s'y oppose, une intervention judiciaire peut être nécessaire. Le vice de forme se retourne toujours contre celui qui débarrasse.
Qui paie l'enlèvement ?
| Situation | Qui supporte les frais |
|---|---|
| Objets anonymes ou abandonnés, débarras par une entreprise | Le syndicat peut supporter les frais lorsque l'enlèvement relève de l'entretien des parties communes et qu'aucun responsable ne peut être identifié, sous réserve des règles de charges applicables. |
| Copropriétaire identifié, condamné en justice | Le fautif : frais d'enlèvement, astreinte et dommages-intérêts mis à sa charge par le juge |
| Dépôt par un locataire | Le bailleur peut être tenu d'agir, après mise en demeure dûment motivée et sauf motif légitime, en utilisant les droits dont il dispose pour faire cesser les troubles causés par l'occupant. |
Le même raisonnement vaut pour les cousins de l'encombrement : vélos et poussettes dans les couloirs ou véhicule ventouse sur les parties communes, avec leurs nuances propres.
Et si le syndic ne bouge pas ?
C'est le scénario le plus fréquent sur les forums : signalements répétés, promesses, rien. Relancez par écrit en copie du conseil syndical, puis mettez le syndic lui-même en demeure d'agir ; son inertie fautive face à une violation du règlement peut engager sa responsabilité si un manquement et un préjudice sont établis. Notre guide des recours contre un syndic qui ne fait rien détaille l'escalade. Et si le point de blocage est structurel, faites-en un motif objectif au moment du renouvellement du mandat : la persistance d'une telle difficulté peut néanmoins constituer un élément à prendre en compte lors de l'évaluation de la qualité de gestion du syndic au moment du renouvellement de son mandat.
L'essentiel à retenir
L'encombrement des parties communes se traite en trois temps : signalement écrit au syndic, démarches auprès de l'auteur du dépôt lorsqu'il est identifié, puis enlèvement dans le respect des procédures applicables et, si nécessaire, avec l'intervention du juge. Les frais suivent la faute : au fautif identifié, au syndicat sinon. Un syndic qui esquive durablement ce b.a.-ba de la gestion mérite d'être comparé : obtenez en quelques minutes des propositions de syndics actifs sur votre secteur.
Vos questions sur le sujet
Puis-je stocker temporairement un meuble sur le palier pendant des travaux chez moi ?
Le règlement de copropriété s'applique même pour quelques jours : aucun droit ne vous y autorise. En pratique, un dépôt bref et signalé (mot au syndic et aux voisins, passage laissé libre) est toléré dans la plupart des immeubles, mais tout copropriétaire peut en exiger le retrait immédiat, surtout si le dégagement est réduit.
Le local vélos déborde d'épaves : qui peut décider d'un grand tri ?
Le syndic peut organiser l'opération au titre de l'entretien courant : affichage demandant aux propriétaires d'étiqueter leurs biens sous un délai annoncé, puis enlèvement de ce qui reste manifestement abandonné. Pour un local très disputé, un vote en assemblée générale sur les règles d'usage sécurise la démarche.
C'est le locataire d'un copropriétaire qui encombre : contre qui agir ?
Le syndic s'adresse au copropriétaire bailleur, responsable du respect du règlement par les occupants de son lot. C'est à lui de faire cesser le trouble et, le cas échéant, de se retourner contre son locataire sur le fondement du bail.
L'assemblée générale peut-elle autoriser un copropriétaire à occuper une partie commune ?
Oui, en lui accordant un droit de jouissance privative sur une portion déterminée (fond de couloir, cagibi), par un vote aux majorités renforcées selon le cas. Sans ce vote, aucune occupation durable n'est régulière, quelle que soit son ancienneté.