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Depuis la loi ALUR, toute copropriété à destination totale ou partielle d'habitation doit être immatriculée au registre national des copropriétés (RNC) et sa fiche mise à jour chaque année. Beaucoup de syndics bénévoles, et un nombre surprenant de professionnels, traitent cette formalité par-dessus la jambe. Erreur coûteuse : sans immatriculation à jour, la copropriété est privée de toute aide publique (MaPrimeRénov' Copropriété en tête), s'expose à une astreinte, et complique chaque vente de lot.
Chez SyndiCompare, nous travaillons quotidiennement sur les données de ce registre : environ 663 000 copropriétés immatriculées, représentant 13,5 millions de lots. Voici pourquoi cette obligation existe, comment s'en acquitter pas à pas, et comment vérifier ce que dit la fiche de VOTRE immeuble.
Le registre national : à quoi il sert, qui est concerné
Créé par la loi ALUR de 2014 (articles L.711-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation) et tenu par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), le registre poursuit un objectif simple : que la puissance publique sache enfin combien il y a de copropriétés, où elles sont, dans quel état financier, et détecte les copropriétés fragiles avant qu'elles ne basculent.
Sont concernés tous les syndicats de copropriétaires comprenant au moins un lot à usage d'habitation, quelle que soit leur taille : la copropriété de deux lots y est soumise comme la résidence de 300 (voir les règles des copropriétés de 2 lots). Chaque copropriété reçoit un numéro d'immatriculation unique, exigé notamment dans les actes de vente et les demandes de subvention.
La fiche déclarée alimente aussi la fiche synthétique de la copropriété, que le syndic doit tenir à disposition des copropriétaires et des acquéreurs.
Qui doit immatriculer, et quand
| Situation | Qui déclare | Quand |
|---|---|---|
| Copropriété existante jamais immatriculée | Le syndic (professionnel ou bénévole) | Sans délai : l'obligation court depuis 2016-2018 selon la taille |
| Copropriété nouvelle (mise en copropriété, immeuble neuf) | Le notaire | Au moment de la publication de l'état descriptif de division |
| Mise à jour annuelle | Le syndic | Dans les deux mois suivant l'assemblée générale d'approbation des comptes |
| Changement de syndic | L'ancien syndic informe le registre de la fin de son mandat ; le nouveau syndic demande son rattachement | L'ancien syndic dispose d'un mois pour déclarer la fin de son mandat ; le nouveau syndic effectue ensuite la demande de rattachement |
Pour mémoire, l'obligation d'immatriculation initiale s'est déployée par vagues entre fin 2016 (copropriétés de plus de 200 lots) et fin 2018 (toutes les autres) : autrement dit, toute copropriété d'habitation non immatriculée aujourd'hui est en infraction depuis des années, quelle que soit sa taille.
Les données à déclarer : identification de la copropriété (adresse, nombre et nature des lots), identité du syndic et de son mandat, données financières essentielles (budget, charges, impayés, dettes fournisseurs, fonds de travaux), données techniques (période de construction, chauffage), et le cas échéant les procédures en cours (mandat ad hoc, administration provisoire).
La démarche pas à pas
- Créez un compte de télédéclarant sur le site officiel du registre (registre-coproprietes.gouv.fr). La démarche est entièrement en ligne et gratuite : méfiez-vous des sites intermédiaires qui facturent cette formalité.
- Rattachez votre copropriété : soit en demandant l'immatriculation initiale (munissez-vous du règlement de copropriété et de l'état descriptif de division), soit en reprenant la main sur une fiche existante après un changement de syndic.
- Renseignez les données : identification, lots, données financières du dernier exercice approuvé. Pour un syndic bénévole d'une petite copropriété, comptez une petite heure la première fois, quelques minutes les années suivantes.
- Récupérez votre numéro d'immatriculation et l'attestation : ils vous seront demandés pour toute subvention et par les notaires.
- Notez l'échéance annuelle : la mise à jour dans les deux mois suivant l'AG d'approbation des comptes est l'obligation la plus oubliée, notamment quand le syndic change (voir notre guide du syndic bénévole, qui l'intègre au calendrier annuel).
Deux situations pratiques qui coincent souvent
La fiche « orpheline » après un changement de syndic : la copropriété est immatriculée, mais le compte télédéclarant appartient à l'ancien syndic, qui ne répond plus. Le nouveau syndic (y compris bénévole) crée son propre compte et demande le rattachement de la copropriété via la procédure prévue par le registre, justificatifs à l'appui (procès-verbal de sa désignation). Ne recréez jamais une seconde immatriculation pour le même immeuble.
Le bénévole qui hérite d'une fiche jamais actualisée : reprenez les choses dans l'ordre, dernier exercice comptable approuvé d'abord ; le registre ne demande pas de reconstituer dix ans d'historique, il demande une photographie à jour. Une heure de saisie suffit généralement à sortir de l'irrégularité.
Les sanctions : concrètes et déjà appliquées
Trois mécanismes rendent l'obligation réellement contraignante :
- Le blocage des aides publiques : un syndicat de copropriétaires ne peut bénéficier de subventions de l'État, de ses établissements publics, des collectivités territoriales, de leurs groupements ou de leurs établissements publics que s'il est immatriculé au registre et que ses données sont actualisées. MaPrimeRénov' Copropriété, notamment, exige une immatriculation à jour. Au moment de financer un ravalement ou une rénovation énergétique, une fiche non actualisée peut donc devenir un véritable obstacle au financement.
- L'astreinte : après mise en demeure restée sans effet, le teneur du registre peut appliquer une astreinte pouvant atteindre 20 € par lot et par semaine de retard, à la charge du syndic (elle n'est pas récupérable sur la copropriété quand le retard lui est imputable).
- L'intervention du notaire lors d'une vente : l'acte authentique de vente doit mentionner le numéro d'immatriculation de la copropriété. En l'absence de syndic désigné ou lorsque la mise en demeure du syndic est restée sans effet pendant un mois, le notaire chargé de la vente procède d'office à l'immatriculation et les frais sont supportés par le syndic ou, si celui-ci n'est pas rémunéré, par le syndicat. L'absence d'immatriculation peut donc compliquer et retarder la vente, même si elle ne l'empêche pas nécessairement.
⚠️ Attention
Une immatriculation existante mais jamais mise à jour produit les mêmes blocages qu'une absence d'immatriculation : les aides exigent une fiche À JOUR. Vérifiez la date de dernière actualisation de votre fiche avant de monter un dossier de subvention, pas après.
Vérifiez ce que le registre dit de votre copropriété
L'annuaire du registre est librement consultable en ligne : cherchez votre adresse et lisez votre fiche comme le ferait un acquéreur ou un financeur. Les anomalies sont fréquentes ; selon les données SyndiCompare, 36 % des copropriétés immatriculées n'ont aucun syndic déclaré, signe d'une fiche à l'abandon bien plus souvent que d'une copropriété réellement sans syndic. Points à contrôler :
- le syndic déclaré est-il l'actuel ? Après un changement, la mise à jour est régulièrement oubliée par le nouveau venu ;
- le nombre de lots correspond-il à l'état descriptif de division ?
- les données financières datent-elles du dernier exercice approuvé ?
Si la fiche est fausse ou obsolète, la correction incombe au syndic : demandez-la par écrit, c'est une de ses missions légales, et le conseil syndical est fondé à en faire un point récurrent de son contrôle annuel. Un professionnel qui laisse la fiche RNC à l'abandon en dit long sur le reste de sa gestion ; c'est d'ailleurs l'une des données que nous exploitons pour établir le classement des syndics par ville, à partir des portefeuilles réellement déclarés au registre.
💡 Bon à savoir
Côté acquéreur, la fiche RNC est un outil de pré-visite gratuit : nombre de lots, période de construction, procédures éventuelles. Croisez-la avec les documents à vérifier avant d'acheter en copropriété ; une fiche incohérente avec les documents remis est un signal d'alerte en soi.
Ce que le registre révèle du parc français
Dix ans après sa création, le RNC est devenu la seule photographie fiable de la copropriété française, et elle bouscule quelques idées reçues. Sur les copropriétés immatriculées, et selon les données SyndiCompare : 45 % comptent entre 2 et 15 lots, 32 % entre 16 et 50, 20 % entre 51 et 200, et 3 % seulement dépassent 200 lots. La copropriété type n'est pas la grande résidence, c'est le petit immeuble, précisément celui où l'immatriculation est le plus souvent négligée faute de syndic structuré. Environ 5 400 cabinets professionnels se partagent la gestion du parc déclaré. Nous publions régulièrement ces analyses dans nos statistiques sur les copropriétés en France.
L'essentiel à retenir
L'immatriculation au RNC est une obligation légale simple, gratuite et en ligne : immatriculer une fois, actualiser chaque année dans les deux mois suivant l'AG des comptes. La négliger prive la copropriété de toutes les aides publiques, expose le syndic à une astreinte de 20 € par lot et par semaine, et grippe les ventes. Prenez cinq minutes pour vérifier votre fiche dès aujourd'hui ; et si elle révèle un syndic aux abonnés absents, comparez les syndics de votre secteur pour confier l'immeuble à un gestionnaire qui tient ses obligations.
Vos questions sur le sujet
L'immatriculation au registre est-elle payante ?
Non, la télédéclaration sur le site officiel du registre est entièrement gratuite, immatriculation initiale comme mises à jour. Méfiez-vous des sites intermédiaires qui facturent cette formalité.
Qui met à jour la fiche quand la copropriété change de syndic ?
Le nouveau syndic, dès sa prise de fonctions : il crée son compte de télédéclarant et demande le rattachement de la fiche existante, procès-verbal de sa désignation à l'appui. Il ne faut jamais créer une seconde immatriculation pour le même immeuble.
Une petite copropriété de 2 ou 3 lots est-elle concernée ?
Oui, dès lors qu'elle comprend au moins un lot à usage d'habitation. L'obligation s'est déployée par vagues entre 2016 et 2018 : toute copropriété d'habitation non immatriculée aujourd'hui est en infraction, quelle que soit sa taille.
Comment consulter la fiche de ma copropriété ?
L'annuaire du registre est librement accessible en ligne : cherchez votre adresse et vérifiez le syndic déclaré, le nombre de lots et la date de dernière actualisation. Si la fiche est obsolète, la correction incombe au syndic ; demandez-la par écrit.