Les travaux en copropriété

Travaux votés en AG jamais réalisés : comment forcer le syndic à agir

Le ravalement voté il y a deux ans, les appels de fonds payés, et toujours aucun échafaudage : l'inexécution des travaux votés est une faute du syndic, pas un simple retard. Vérification des fonds, mise en demeure, reprise en main par l'assemblée, responsabilité et exécution forcée : la méthode complète pour débloquer le chantier.

Prince Foutika Par Prince Foutika
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7 min de lecture
Sommaire
  1. Pourquoi ça bloque vraiment
  2. Première vérification : le vote, les fonds, le calendrier
  3. La mise en demeure d'exécuter
  4. Reprendre la main en assemblée générale
  5. Le temps joue contre la copropriété : ne laissez pas prescrire
  6. La responsabilité du syndic : qui paie le préjudice du retard
  7. L'exécution forcée devant le tribunal
  8. L'essentiel à retenir

Le ravalement a été voté il y a deux ans, les appels de fonds ont été payés, et l'échafaudage n'est toujours pas monté. Au téléphone, le syndic invoque « un problème avec l'entreprise », puis « un devis à réactualiser », puis plus rien. Cette situation, l'une des plus fréquentes sur les forums de copropriétaires, a un nom juridique : l'inexécution par le syndic d'une décision d'assemblée générale. Et elle a des solutions, y compris quand l'argent a déjà été encaissé.

Car c'est le point que beaucoup ignorent : une fois les travaux votés, le syndic n'a pas le choix. L'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 lui impose d'exécuter les décisions de l'assemblée. Ne pas le faire est une faute, pas un simple retard de gestion.

Pourquoi ça bloque vraiment

Derrière les explications officielles, les causes réelles se répartissent en trois familles, et la stratégie diffère selon le diagnostic :

  • le dossier n'a jamais été ouvert : gestionnaire surchargé ou parti (le turnover des gestionnaires est la plainte n° 1 des copropriétaires), dossier tombé entre deux chaises. Chaque nouveau gestionnaire redécouvre la copropriété et « reprend le dossier », c'est-à-dire repart de zéro. C'est le cas le plus courant, et le plus soluble : une pression écrite suffit souvent ;
  • le montage est incomplet : résolution votée sans devis ferme, entreprise retenue qui s'est désistée ou a déposé le bilan, autorisation administrative manquante (déclaration préalable pour un ravalement, par exemple). Le syndic aurait dû revenir vers l'assemblée pour faire revoter un devis actualisé, il a préféré laisser dormir ;
  • un problème de trésorerie : les fonds appelés ont servi à boucher d'autres trous, ou n'ont jamais été appelés. C'est le scénario le plus grave, celui qui exige de remonter la piste de l'argent.

Un indice fiable pour trancher entre ces hypothèses : demandez par écrit le nom de l'entreprise retenue et la date de signature du devis. Si aucun devis n'a jamais été signé alors que les fonds sont appelés depuis des mois, vous savez que le dossier n'a pas avancé d'un centimètre, quelles que soient les explications fournies en assemblée.

Première vérification : le vote, les fonds, le calendrier

Avant toute action, consolidez trois éléments factuels :

  1. La résolution exacte. Relisez le procès-verbal de l'assemblée : que dit précisément la décision ? Vote de principe, vote de travaux avec devis et entreprise désignés, mandat donné au syndic ou au conseil syndical pour choisir le prestataire ? Un vote de principe sans financement n'oblige pas aux mêmes diligences qu'une décision complète avec appels de fonds votés. Notre guide des travaux votés en assemblée générale détaille ce que doit contenir une résolution bien construite.
  2. Les appels de fonds. Ont-ils été émis ? Payés par tous ? Les sommes correspondantes apparaissent-elles dans les comptes du syndicat ? Les fonds travaux appelés doivent être identifiables dans la comptabilité, séparée par nature de dépense ; en cas de doute, le conseil syndical peut exiger les relevés du compte bancaire séparé du syndicat (article 21 de la loi de 1965) et vérifier où dort l'argent.
  3. Le calendrier annoncé. Notez chaque explication donnée par le syndic, avec sa date. La collection d'excuses successives et contradictoires est une pièce maîtresse du dossier de responsabilité.

⚠️ Attention

Si les fonds ont été encaissés depuis longtemps sans aucun début d'exécution, exigez sans attendre, via le conseil syndical, les relevés bancaires du compte séparé. Des fonds travaux « évaporés » ou fondus dans la trésorerie courante ne relèvent plus du retard mais potentiellement du détournement, et justifient une réaction immédiate : consultez notre article sur la plainte contre un syndic.

La mise en demeure d'exécuter

Une fois le dossier consolidé, adressez au syndic une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, idéalement cosignée par le conseil syndical. Elle doit :

  • viser la résolution concernée (numéro, date de l'assemblée) et rappeler que l'article 18 de la loi du 10 juillet 1965 impose au syndic d'exécuter les décisions de l'assemblée générale ;
  • récapituler les fonds appelés et versés ;
  • exiger un engagement écrit : date de démarrage des travaux, entreprise retenue, planning ;
  • fixer un délai (15 à 30 jours) et annoncer les suites : inscription à l'ordre du jour, action en responsabilité.

Notre modèle de mise en demeure du syndic s'adapte directement à ce cas. Dans la majorité des situations de simple négligence, cette étape débloque le dossier : un syndic sait qu'une mise en demeure sur des travaux financés et non exécutés est une pièce redoutable devant un juge.

Reprendre la main en assemblée générale

Si le délai expire sans engagement sérieux, portez le sujet à l'assemblée. Tout copropriétaire peut exiger l'inscription de questions à l'ordre du jour par lettre recommandée au syndic. Trois résolutions utiles :

  • demander un compte rendu formel de l'exécution de la résolution initiale et de l'emploi des fonds appelés ;
  • mandater le conseil syndical pour suivre l'exécution (choix de l'entreprise, signature du devis, réception), ce qui retire au syndic sa capacité de blocage passif ;
  • voter le remplacement de l'entreprise défaillante si c'est elle qui bloque, sur nouveaux devis joints à la convocation.

Et si la confiance est rompue, la même assemblée peut acter le non-renouvellement du mandat, ou sa révocation pour motif légitime : des travaux financés et non exécutés en sont un exemple d'école. Le mode d'emploi complet est dans notre guide de la mise en concurrence du syndic.

💡 Bon à savoir

Ne confondez pas les fonds appelés pour des travaux votés avec le fonds de travaux obligatoire de la loi ALUR, alimenté chaque année par une cotisation d'au moins 5 % du budget prévisionnel : ce dernier peut financer une partie du chantier si l'assemblée le décide, mais son utilisation suppose un vote spécifique. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur les fonds de travaux.

Le temps joue contre la copropriété : ne laissez pas prescrire

Deux horloges tournent pendant que le chantier dort. D'abord celle des prix : entre le devis joint à la convocation et sa signature effective deux ans plus tard, la réactualisation peut renchérir l'opération de plusieurs points par an, et c'est la copropriété qui absorbe la différence, sauf à démontrer la faute du syndic. Ensuite celle des désordres : une infiltration qu'un ravalement voté aurait stoppée continue de dégrader la structure, et les responsabilités s'enchevêtrent au fil des saisons. Documentez l'aggravation au fur et à mesure (photos datées, constats, devis successifs) : ces pièces chiffreront le préjudice le moment venu, et leur simple existence, mentionnée dans vos courriers, rappelle utilement au syndic que son inertie a un coût mesurable qui lui sera imputé.

La responsabilité du syndic : qui paie le préjudice du retard

L'inexécution d'une décision d'assemblée engage la responsabilité civile du syndic envers le syndicat. La jurisprudence constante retient sa faute lorsque le retard lui est imputable et qu'il en résulte un préjudice, notamment :

  • l'aggravation des désordres : une toiture votée non refaite qui provoque de nouvelles infiltrations, des façades dégradées qui finissent par relever du péril ;
  • le renchérissement des travaux : devis expirés, hausse des prix entre le vote et l'exécution ;
  • les préjudices individuels : le copropriétaire dont le logement a souffert du retard peut agir personnellement, pour son dommage propre.

L'action du syndicat contre le syndic se vote en assemblée générale ; elle est souvent engagée après un changement de syndic, le nouveau cabinet n'ayant aucune raison de protéger l'ancien.

L'exécution forcée devant le tribunal

Dernier levier : saisir le tribunal judiciaire du lieu de l'immeuble pour faire condamner le syndic, ou le syndicat si nécessaire, à exécuter la décision votée, au besoin sous astreinte (une somme due par jour de retard). En cas d'urgence caractérisée (infiltrations actives, sécurité), le juge des référés peut ordonner les mesures nécessaires sans attendre un procès au fond. Ces procédures exigent un dossier solide : c'est exactement ce que les étapes précédentes ont construit, de la première relance à la mise en demeure.

💡 Bon à savoir

Le coût d'une action judiciaire refroidit souvent les copropriétés. Rappelez-vous que la menace crédible suffit fréquemment : une mise en demeure documentée, suivie d'une résolution d'assemblée autorisant l'action en justice, débloque bien des chantiers sans qu'aucune assignation ne soit jamais délivrée.

L'essentiel à retenir

Des travaux votés sont une obligation pour le syndic, pas une option : vérifiez d'abord la résolution et le sort des fonds appelés, mettez en demeure par écrit, faites reprendre le pilotage par l'assemblée et le conseil syndical, et n'engagez le tribunal qu'en dernier ressort, dossier en main. Surtout, tirez la leçon de l'épisode : un syndic qui laisse dormir deux ans un chantier financé récidivera. À l'échéance du mandat, comparez les syndics actifs sur votre secteur et faites de la capacité à piloter les travaux un critère central de sélection, au même titre que le prix.

Vos questions sur le sujet

Peut-on récupérer les fonds appelés si les travaux ne se font finalement pas ?

Oui, mais sur décision d'assemblée générale : si le projet est abandonné, l'AG constate l'abandon et décide de la restitution des sommes appelées ou de leur imputation sur les prochains appels. Tant que la résolution de travaux reste en vigueur, les fonds demeurent affectés au chantier voté.

Le nouveau syndic doit-il exécuter les travaux votés sous l'ancien ?

Oui. Les décisions d'assemblée générale engagent le syndicat, pas le cabinet : le syndic entrant doit exécuter toutes les résolutions en vigueur, et il fait généralement le point sur les chantiers en attente lors de la reprise du dossier. C'est même un moment idéal pour relancer les opérations enlisées.

Qui choisit l'entreprise si l'assemblée ne l'a pas désignée ?

Si la résolution a voté les travaux sans désigner l'entreprise, le syndic doit revenir vers l'assemblée avec des devis, sauf si un mandat exprès lui a été donné (ou au conseil syndical) pour choisir dans une enveloppe votée. Un vote complet, avec devis ferme et entreprise nommée, évite précisément cette zone grise propice à l'enlisement.

L'assurance de la copropriété couvre-t-elle les dégâts causés par le retard ?

Pas nécessairement : les assureurs excluent souvent les dommages résultant d'un défaut d'entretien prolongé et connu. C'est l'un des préjudices les plus lourds de l'inexécution, et il se retourne contre le syndic fautif si l'aggravation est documentée, d'où l'importance des photos et constats datés.

Prince Foutika
Prince Foutika
Expert copropriété

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